Shining Girls, Apple TV+

Shining Girls, Apple TV+

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Cette série s’appréciera mieux sans rien avoir lu à son sujet…

Dans la plupart des récits sur le voyage temporel, le point de vue est celui des voyageurs. L’idée la plus intéressante de Shining Girls, c’est de faire l’inverse et d’ignorer au maximum le voyageur. C’est apparemment encore plus marqué dans le roman adapté par Apple TV+, mais Silka Luisa a malgré tout gardé cette idée centrale dans sa version. D’ailleurs, le spectateur débute sans même savoir qu’il est question de voyage dans le temps. L’intrigue qui se met en place dans le premier épisode ressemble à une énième enquête policière et je dois avouer que les premières minutes de Shining Girls m’ont presque donné envie d’arrêter, tant cela ressemblait à n’importe quelle autre histoire criminelle. Cela aurait été une erreur toutefois, car l’histoire gagne vite en complexité et donc en intérêt.

Au départ, ce sont des incohérences qui s’accumulent, des faits qui semblent trop séparés dans le temps pour être crédibles. Kirby, interprétée par une Elisabeth Moss en grande forme, découvre une série de meurtres sur plus d’une décennie qui sont tous reliés par une même méthode, une croix découpée sur le ventre de chaque femme et un petit objet laissé à l’intérieur. Les tueurs en série ont du mal à s’en sortir sur de très longues périodes, mais celui-ci s’en serait tiré malgré tout par son choix suffisamment aléatoire de victimes, jusqu’au moment où une survivante parvient à faire le rapprochement. La création d’Apple TV+ construit sur cette base et introduit une dose de mystère toujours plus grande. Comment se fait-il qu’un objet des années 1950 se retrouve dans le corps d’une femme tuée trois décennies plus tard ? Plus surprenant, comment un objet des années 1980 pourrait avoir été placé dans le corps d’une femme tuée une décennie plus tôt ? Étant assez habitué aux récits de science-fiction sur le voyage temporel, j’ai assez vite compris de quoi il retournait, mais Silka Luisa ne répond pas aux questions aussi rapidement. C’est à la fois un choix cohérent — qui croirait deux journalistes qui parlent de voyage dans le temps ? — et frustrant, surtout dans les derniers épisodes. À plusieurs reprises, les acteurs doivent jouer des personnages un peu bêtes qui ne comprennent pas ce qui se passe, alors que c’est assez évident.

Si l’on oublie ce travers de trop d’œuvres de fiction qui veulent probablement éviter de perdre quelques spectateurs distraits, Shining Girls est une superbe réussite. En huit épisodes, cette mini-série parvient à emporter dans une intrigue complexe, sans trop en dévoiler et même en laissant quelques questions encore ouvertes à la fin, mais sans perdre non plus entièrement. Les explications les plus importantes finissent par arriver et ce puzzle qui se construit sur plus de 70 ans est fascinant à assembler en parallèle des personnages. La création d’Apple TV+ impose d’accepter de se laisser porter et de ne pas tout comprendre initialement, mais l’effort demandé est récompensé quand tout se met finalement en place. Au-delà de la mécanique du voyage temporel, c’est aussi un récit assez poignant sur les victimes et le travail de la mémoire, avec une brillante idée pour représenter la solitude des victimes.