
Pluribus, Apple TV
Une nouvelle série créée par Vince Gilligan ? Après Breaking Bad et plus encore après Better Call Saul, j’étais évidemment intéressé par principe et sans discussion. Je savais aussi que je voulais découvrir sa nouvelle série sans rien savoir à son sujet, ce qui était effectivement une excellente idée. Alors, si vous avez aimé ses deux précédentes créations et qu’une œuvre lente ne vous effraie pas, arrêtez votre lecture, regardez Pluribus et revenez ici par la suite. Surtout, ne gâchez pas votre première découverte de l’intrigue en sachant ce qui se passe, ni même en connaissant le point de départ : je vous promets que le plaisir de la découverte n’en sera que plus grand.
Ceci posé, Pluribus n’est pas du tout dans la veine des deux précédentes séries de Vince Gilligan, quand bien même elle se déroule principalement à Albuquerque dans le Nouveau-Mexique. En découvrant cela, je pensais que le cinéaste y était né, ou au minimum qu’il avait des attaches particulières à cette ville désertique des États-Unis, mais il n’en est rien. Il aime bien ces décors, qu’il connait particulièrement bien après les avoir exploité pendant onze saisons comme on peut s’en douter, et c’est apparemment surtout pour cette raison qu’on les retrouve ici. Pour ne rien arranger, Rhea Seehorn est de retour et après avoir interprété une excellente avocate dans Better Call Saul, elle a droit au premier rôle ici, qu’elle incarne avec un talent incroyable, sans surprise. Pluribus se déroule toutefois dans un tout autre univers et un genre complètement différent : la science-fiction, tendance apocalypse extra-terrestre. Néanmoins, on peut compter sur Vince Gilligan pour ne pas reproduire des schémas vus et revus et loin du scénario catastrophe que l’on pouvait envisager ailleurs, il propose ici une œuvre très originale, radicale même pourrait-on dire, tout à fait dans l’esprit de ses séries précédentes.
Il n’y a pas vraiment d’attaque dans Pluribus, juste un mystérieux signal reçu du fin fond de l’espace qui s’avère être le code génétique d’un virus qui s’empare à une vitesse incroyable de toute l’humanité. Seuls douze humains résistent sur toute la planète, les sept milliards restants fusionnent en un seul esprit géant, une sorte de fourmilière planétaire. C’est le point de départ de la série portée par Apple TV, pas tout le scénario : le pilote se charge d’introduire tant le virus que ses effets et l’intrigue se met réellement en place ensuite. Ce qui intéresse Vince Gilligan, ce n’est en aucun cas l’attaque elle-même, pas tellement ses effets, mais bien plus la réaction de Carol, écrivaine aussi populaire qu’insatisfaite de son travail et l’une des douze survivants. Les neuf épisodes qui composent la première saison suivent son parcours sur deux bons mois, avec plusieurs étapes qui rappellent un petit peu le travail du deuil : colère, tristesse, résignation… tout y passe. Pluribus ressemble à cet égard à une grosse introduction, une manière d’établir les règles de l’univers tout en explorant les réactions différentes des humains restés indépendants. Ce n’est pas une critique, ce rythme est un choix résolu de la part de Vince Gilligan et le travail mené sur chaque épisode est assez dingue. Les séquences sont toutes soignées, des plans ont probablement demandé des mois de travail pour coordonner des centaines de figurants, les cadres sont toujours soigneusement composés… bref, c’est un régal pour les yeux et on ne s’ennuie jamais. Lent ne veut pas dire vide et j’ai trouvé le rythme parfaitement dosé d’un bout à l’autre, avec une tension constante et un excellent sens du gag de répétition. L’idée du répondeur1, en particulier, est une idée toute simple et pourtant géniale.
Même si les liens avec les séries précédentes du créateur sont évidents au premier abord, cette création Apple TV m’a surtout rappelé Severance en restant sur le même service et plus encore The Leftovers. Les deux histoires sont très différentes et en même temps étonnamment proches, en se construisant toutes deux autour de la perte et en pariant sur une forte dose de mystère et une ambiance soignée. Pluribus est une série pleine de promesses et je suis très curieux de voir ce que la suite nous réserve. La deuxième saison est déjà commandée et il paraît que son concepteur en a prévu quatre. Vivement !
Avec la voix parfaitement reconnaissable de Patrick Fabian, qui interprétait lui aussi brillamment un avocat dans Better Call Saul. ↩︎