Loot, Apple TV+

Loot, Apple TV+

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Rares sont les œuvres de fiction qui s’éloignent autant de leur idée de départ : Loot promet le récit de contrition d’une milliardaire qui se reconvertit dans la charité, mais la série d’Apple TV+ fait en réalité l’apologie ahurissante d’un mode de vie déconnecté et si nocif à l’heure du réchauffement climatique. Sous couvert de la comédie, la première saison enchaîne les séquences embarrassantes où une milliardaire détruit la planète pour son plaisir et ses caprices, le tout avec un premier degré gênant. Je ne comprends pas comment Maya Rudolph a pu se laisser entraîner dans cette farce grotesque et ce n’est pas parce que l’ultime épisode tente de redresser le tir que cela corrige tout ce qui précède. Navrant.

Pourtant, la série commence bien, avec cette immense fête d’anniversaire organisée dans une ridicule maison qui surplombe Los Angeles. En quelques plans, Matt Hubbard et Alan Yang parviennent à rendre cette atmosphère hors sol absurde, un rassemblement des plus riches loin de toute réalité et le ton est alors distinctement ironique. Quand Molly découvre que son mari John la trompe, elle décide de le plaquer sur place face à tous ses invités et commence une descente aux enfers de milliardaire, à base de voyages et de fêtes permanents ainsi que de gros titres dans la presse people. Quand elle réalise que son immense fortune de 87 milliards de dollars finance une entreprise caritative à Los Angeles, elle décide de se reconvertir et de faire le bien. Voilà le point de départ, le problème c’est que la suite ne va pas du tout dans cette direction. Ou plutôt, et c’est bien tout le problème, la création d’Apple TV+ semble aller dans ce sens, sans jamais changer les habitudes de son personnage principal et en les justifiant même par le biais des personnages secondaires. Molly se déplace constamment dans ces immenses et inutiles SUV dont les Américains ont le secret, ou alors en hélicoptère, ou sinon en jet privé. Les scénaristes saupoudrent un ou deux épisodes d’une mention du réchauffement climatique tout en ignorant consciencieusement le sujet et sans jamais confronter leur héroïne à ses contradictions. Même à la toute fin, quand d’un coup elle réalise que les milliardaires n’ont aucune bonne raison d’exister et qu’elle décide de se débarrasser de sa fortune, la planète n’est pas un sujet. Au contraire, la série se termine sur une fête dans une immense baraque que les personnages ont rejoint dans de gros SUV, en Corse — reconstituée à la truelle en Californie au passage — où ils se sont rendus en jet.

Si encore Loot était drôle, cela pourrait compenser en partie ces grossières erreurs. Mais c’est encore pire de ce côté, les blagues de milliardaires ne sont pas bien drôles et les personnages ont beau constituer une belle représentation de la diversité, ils sont surtout écrits n’importe comment et peinent à survivre au milieu de tout le bling-bling. Pis encore, ces personnes « normales » deviennent à leur insu une caution pour valoriser constamment le train de vie de la milliardaire, allant jusqu’à le justifier1 alors que toute la comédie devait naître de leur opposition. Il n’y a décidément rien à sauver et j’ai regardé la saison jusqu’au bout pour vous prévenir : ne perdez pas votre temps.


  1. Quelle déception en passant que l’actrice Michaela Jaé Rodriguez, si géniale dans Pose, soit réduite ici à faire la publicité pour le train de vie d’une milliardaire. Quelle tristesse de la découvrir dans une parodie de publication sponsorisée sur Instagram, à promouvoir un traitement de luxe pour sa peau découvert par le biais de Molly. C’est même l’argument utilisé par les scénaristes pour convaincre cette dernière de ne pas démissionner. Et on est censés trouver ça drôle ? 🙄 ↩︎