
A Knight of the Seven Kingdoms, HBO
Dans les premières minutes du pilote, on entend les premières notes de la mythique musique composée par Ramin Djawadi et forcément, l’ampleur de Game of Thrones s’impose à l’esprit de tous les spectateurs. C’est alors que le personnage principal défèque face à la caméra et nous gratifie d’une vision tout à fait graphique, n’entrons pas dans les détails si vous le voulez bien. C’est ainsi que les créateurs d’A Knight of the Seven Kingdoms, dont George R. R. Martin lui-même, ont décidé de lancer cette série, la troisième dans cet univers. Une bonne manière de trancher net avec le sérieux des deux précédentes et d’introduire une histoire beaucoup moins ambitieuse, plus légère… et étonnamment bonne. Six épisodes d’une demi-heure, c’est un long-métrage en tranche que nous propose HBO et c’est une vraie réussite, bien plus que je l’imaginais initialement.
Contrairement à Game of Thrones et House of the Dragon, il n’y a ici qu’un seul arc narratif et deux personnages principaux seulement : Ser Duncan le Grand, un chevalier errant et son très jeune écuyer, Egg1/Aegon. Non seulement A Knight of the Seven Kingdoms se concentre sur un nombre très faible de personnages par rapport aux séries qui l’ont précédé, la première saison suit un fil rouge très concentré. Les personnages arrivent dans une ville pour un duel et toute l’intrigue se met en place autour de cet événement unique. Il y a bien quelques flashbacks pour ouvrir légèrement la création de HBO sur l’univers étendu imaginé par George R. R. Martin, mais on reste largement concentré sur cette base réduite. Malgré cela, j’ai rarement vu une série qui avait l’air si dense. C’est peut-être parce qu’elle part dans des directions toujours inattendues, ou alors qu’elle foisonne d’interactions — la reconstitution de Westeros est toujours aussi soignée — et d’idées intéressantes. En tout cas, on ne s’ennuie jamais une seule seconde, ce qui pourrait être logique face à une œuvre si courte, mais on a en même temps l’impression qu’elle dure deux ou trois fois plus longtemps. C’est un phénomène assez difficile à décrire, cette série se distingue en tout cas très clairement de la production moyenne et cela fait plaisir de voir quelque chose de différent pour une fois.
Le succès du projet repose presque uniquement sur les grandes épaules de Peter Claffey qui incarne le chevalier et sur les petites de Dexter Sol Ansell qui joue l’écuyer. Les deux personnages sont très différents et c’est un duo de contraires, un classique qui fonctionne ici à merveille grâce à la présence incroyable des deux acteurs et leurs jeux qui s’accordent parfaitement. Ancien joueur de rugby, ça se voit, l’adulte incarne une force de la nature doublée d’un chic type, limite bêta, et même si les scénaristes ont peut-être un petit peu trop chargé la mule sur la fin, sa façon de traverser la série comme un roc fonctionne très bien. À ses cotés, l’enfant est aussi petit par la taille qu’immense par son impertinence et le jeune acteur est parfaitement à son aise et parvient même à prendre le dessus face au géant qui est son partenaire de jeu.
A Knight of the Seven Kingdoms est basé sur une série de trois nouvelles écrites par le romancier et cette saison suit la première d’entre elles. HBO a donné son accord pour adapter les trois, si bien que la saison suivante est en cours et celle d’après est programmée. À en juger à la réussite de ces six épisodes, c’est une excellente nouvelle. J’ai hâte de découvrir ce que George R. R. Martin et Ira Parker nous réserve par la suite.
La version française dit juste Œuf, perdant tout le jeu de mot. Comme toujours, vive la version originale. ↩︎