
Half Man, HBO
Richard Gadd avait impressionné avec Mon petit renne, une mini-série coup de poing qui me reste en tête comme l’une des plus difficiles à regarder, tant elle était intense. Un tel talent n’allait évidemment pas rester inaperçu et c’est sans trop de surprise qu’on retrouve le créateur écossais dans une nouvelle création. Si Netflix a cédé la place à BBC One et HBO, l’ambiance n’est pas différente. Half Man est très différente, avec une toute autre histoire et une interprétation à l’opposée pour Richard Gadd. Malgré tout, on retrouve cette intensité incroyable qui a fait la réputation de la série précédente. Elle monte même encore d’un cran ici, à tel point que les six épisodes sont souvent difficiles à regarder et mieux vaut se contenter d’un par séance pour ne pas sortir trop lessivé. Ce qui n’est pas une vraie critique toutefois : Half Man est une brillante réussite, justement parce qu’elle est intense à la limite d’être douloureuse. Même si elle en fait peut-être un poil trop, cette nouvelle création mérite indéniablement le détour, en tout cas si vous pouvez tolérer la violence physique et surtout psychologique qu’elle décrit.
Richard Gadd était la victime dans Mon petit renne, il interprète ici le bourreau… qui est aussi une victime, bien entendu. Il incarne Ruben, qui devient le frère de Niall suite à l’union de leurs deux mères, et dès le départ, c’est une brute qui terrorise tout le monde, dont son jeune frère. Leur relation tumultueuse est au cœur de l’intrigue, avec un fonctionnement en deux temps. D’un côté, le mariage de Niall dans le présent, avec un morceau de la dispute épique avec son frère qui ouvre et termine chaque épisode. Entre les deux, un long flashback qui revient sur trois décennies d’amour souvent vache, de maltraitance régulière et pourtant d’une relation maintenue d’un bout à l’autre. Half Man fait appel à deux duos d’acteurs pour incarner les deux frères jeunes puis adultes. Richard Gadd accompagne Jamie Bell pour incarner ces derniers et quel duo ! Le premier impose sa présence avec un naturel confondant et un simple regard lui suffit à terrifier quiconque. On avait déjà constaté qu’il était un excellent acteur, avec un visage très expressif et même s’il va peut-être un poil loin dans quelques scènes, il faut bien reconnaître qu’il est d’une redoutable efficacité. Je ne sais pas s’il travaille beaucoup ou si c’est inné chez lui, mais quoi qu’il en soit, chapeau ! Face à lui, Jamie Bell est un excellent choix pour incarner le frère timide, fragile et surtout lâche. L’acteur a bien vieilli depuis Billy Elliot, évidemment, mais il garde un côte frêle qui convient très bien à Niall. Les deux acteurs jeunes, Mitchell Robertson et Stuart Campbell, sont très bien aussi, même si l’amplitude d’âge rend leur prestation parfois difficile à accepter. Ils ne sont pas crédibles du tout à 15 et 17 ans dans le premier épisode, bien mieux quand ils sont étudiants, mais de toute manière un petit peu éclipsés par les versions adultes. Même si le jeune Ruben en impose, lui aussi : s’il ne ressemble pas physiquement à Richard Gadd, on comprend sans peine le choix de le prendre au casting, il en impose rien que par sa présence devant une caméra.
On peut reprocher à Half Man d’aller parfois un peu trop loin, surtout sur le final que je ne révélerai pas. Néanmoins, j’ai beaucoup apprécié le traitement des personnages et situations, et l’absence de tout manichéisme. Il n’y a pas un camp positif et un négatif, il n’y a que des sales types, ou pas loin. Ruben est une brute violente que personne ne cadre jamais, évidemment, mais Niall n’est pas un ange pour autant. Même les deux mères sont bien souvent des pestes odieuses et il n’y a pas vraiment de salut. Ce n’est pas pour autant déprimant, la création de la BBC parvient à trouver le ton juste. Sans excuser non plus les personnages, le scénario donne des pistes pour comprendre leurs choix souvent absurdes. Niall apparaît surtout comme un homme pathétique, englué entre son amour pour son frère et son homophobie si profonde qu’elle lui pourrit la vie sans raison. J’aurais juste aimé en voir davantage de sa relation avec Alby — incarné jeune par Bilal Hasna que je retrouvais avec plaisir après Extraordinary —, tant elle semble étonnante, pour ne pas dire incompréhensible. Cela aurait pu être un rayon de lumière bienvenu dans une mini-série bien sombre, mais j’imagine que Richard Gadd ne voulait pas de ça. Half Man n’est certainement pas légère, ce qui ne veut pas dire qu’il faut l’éviter pour autant.