The Crown, Netflix (saison 5)

The Crown, Netflix (saison 5)

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Peter Morgan poursuit sa formidable rétrospective du règne d’Elizabeth II avec une cinquième saison placée sous le signe du renouvellement de casting. C’est une tradition pour The Crown : toutes les deux saisons, on change d’acteurs pour avancer dans les décennies de manière plus naturelle. Le dernier changement avait eu lieu dans la saison 3, ces huit nouveaux épisodes qui se déroulent dans les années 1990 sont l’occasion de découvrir de nouvelles visages. C’est toujours aussi déroutant et il faut quelques épisodes pour retrouver ses repères, mais je dois saluer le travail des créateurs de la série, qui parviennent toujours à trouver des acteurs convaincants. Imelda Staunton en particulier est parfaite dans le rôle principal, l’actrice semblait destinée à incarner la Reine et elle le fait avec une aisance presque troublante. À ses côtés, Jonathan Pryce est impeccable dans le rôle du roi, mais je retiendrais surtout Elizabeth Debicki dans celui de Diana. C’est naturellement un personnage de plus en plus important et il fallait une actrice capable d’offrir un jeu subtil, ce qui est tout à fait son cas.

Le plus surprenant est probablement le choix de Dominic West pour incarner le prince Charles. Je ne sais pas si c’est l’intonation qu’il prend pour imiter le personnage historique qui ne passe pas, ou le fait qu’il ne ressemble pas du tout à l’actuel roi d’Angleterre, mais j’ai trouvé la transition particulièrement difficile pour lui. Néanmoins, l’acteur se défend et au fil des épisodes, il s’impose petit à petit. Je crois que son choix s’éclaire dans le dernier épisode de cette saison de The Crown, alors que le divorce avec Diana a été prononcé et qu’il passe la voir chez elle. Le temps d’un repas dans leur ancienne cuisine qui se termine en eau de boudin, Dominic West révèle tout son savoir faire et offre une prestation de grand niveau. Cela dit, je retiens surtout la trajectoire de la princesse de Galles, avec une belle surprise : au lieu de se précipiter sur sa mort, Peter Morgan consacre toute une saison à son mariage impossible. Une excellente idée, tant il y a de quoi faire et tant les scénaristes exploitent bien ce conflit privé autant que public. Elizabeth Debicki est incroyable dans le rôle de Diana, notamment pour faire transparaître avec beaucoup de réalisme sa profonde tristesse doublée d’une solitude absolue. Son personnage a eu une vie assez tragique, que The Crown a, je crois, parfaitement rendu.

Mais la série de Netflix laisse comme toujours de la place à plusieurs personnages historiques et c’est encore le cas dans cette saison. Le premier ministre d’alors, John Major, a droit à une part importante, le prince William malmené par le divorce de ses parents lui aussi, mais c’est bien le couple royal qui a le meilleur second rôle en quelque sorte. La reine commence à songer au bilan de son règne alors que Britannia, le yacht royal qu’elle a supervisé dans les années 1950, doit être abandonné à cause de son âge. Le roi de son côté mène un petit peu sa propre vie, au grand dam de sa femme d’ailleurs. Cet aperçu de leur vie intime est assez touchant, surtout alors que tous leurs enfants se séparent les uns après les autres. C’est une belle manière d’illustrer l’écart générationnel croissant, mais aussi d’humaniser la reine, sans angélisme. The Crown est indéniablement une grande série, qui devrait trouver sa conclusion avec la prochaine saison. Je suis certain qu’elle se terminera en beauté, mais quoi qu’il arrive, Peter Morgan a déjà amplement rempli son contrat…