Black Bird, Apple TV+

Black Bird, Apple TV+

Publié le

Encore une histoire vraie, encore un crime à élucider… la catégorie « true crime » est si remplie que Black Bird part avec un gros désavantage. La série créée pour Apple TV+ gagne néanmoins en intérêt quand on creuse : cette histoire de trafiquant de drogue envoyé par le FBI dans une prison de sécurité maximale pour gagner la confiance d’un tueur en série soupçonné en quête d’informations est pour le moins intrigante. Suffisamment pour convaincre de se lancer, d’autant que la mini-série ne s’étale que sur six épisodes, c’est un long-métrage à peine prolongé, ce qui lui joue d’ailleurs des tours. La fin, en particulier, m’a semblé précipitée et le réalisme en pâtit. L’histoire de base est certes vraie, mais le coup du personnage clé en vacances au pire moment ressemble à une mauvaise idée des scénaristes pour provoquer une péripétie. La série créée par Dennis Lehane, surtout connu pour ses multiples romans adaptés au cinéma, essaie à mon avis d’en faire trop pour six épisodes seulement et aurait gagné soit à réduire son ampleur, soit à creuser davantage ses personnages.

En l’état, leur psychologie manque de finesse. C’est particulièrement visible pour le personnage principal, Jimmy interprété par un Taron Egerton qui a manifestement passé beaucoup de temps dans les salles de sport pour préparer ce rôle, mais qui a du mal à creuser son interprétation. Il passe un petit peu trop facilement du trafiquant de drogue sûr de lui au confident de tueur en série et on a du mal à croire en son personnage. Face à lui, Paul Walter Hauser est bien meilleur dans le rôle de Larry, le fameux tueur qui a réussi à se faire passer pendant des années auprès de la police pour un vantard incapable de tuer qui que ce soit. Il est aussi intelligent qu’il peut être socialement malhabile et même si Black Bird ne va jamais sur le terrain médical, il souffre visiblement de plusieurs troubles psychologiques qui sont plutôt bien rendus. Mais j’ai surtout apprécié le flou qui entoure ses actions : la série ne le désigne pas d’emblée comme coupable, au contraire même, elle entretient le doute pendant longtemps sur sa culpabilité. C’est intéressant et assez original, même si les six épisodes forcent les scénaristes à rapidement couper court à cette période de doute.

Le manque de profondeur est un problème, la vision rétrograde de tous les personnages en est un autre. Black Bird se déroule dans les années 1990 et semble initialement dénoncer la bêtise généralisée de tous les habitants, criminels comme policiers, hommes comme femmes. C’est précisément parce que les forces de l’ordre ne trouvent pas les histoires de Larry si choquantes, du moins tout ce qui ne concerne pas le meurtre. Même l’agente du FBI en charge du dossier n’est pas choquée quand le consentement est remis en cause, perpétuant une longue tradition sexiste que Dennis Lehane semble alors dénoncer. Mais est-ce le cas ? J’avais envie de croire que oui, sauf que cette dénonciation reste implicite et elle est même remise en cause par cette séquence à la toute fin où le personnage principal semble prolonger cette habitude délétère. Ce n’est pas du tout un domaine où l’on attend à une vision aussi trouble et j’espère vraiment que ce n’est que de la maladresse de la part de la série…

Informations

Année : 2022

  • Nationalité :
  • États-Unis
  • Genres :
  • Drame
  • Crime