Ombre et Fraîcheur, Quynh Tran

Ombre et Fraîcheur, Quynh Tran

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Pour son premier roman publié à 32 ans, Quynh Tran impose indéniablement un style bien personnel. Je ne savais pas à quoi m’attendre au juste en débutant ma lecture d’Ombre et Fraîcheur et c’est exactement ainsi que j’aime découvrir une œuvre. J’ai découvert un récit assez fragmenté, loin du roman bien structuré que l’on a l’habitude du lire, plus proche du journal intime, voire d’un assemblage de bribes de souvenirs. À travers ces brefs textes, parfois composés d’une seule phrase ou deux, l’auteur puise dans ses souvenirs d’enfance pour raconter le quotidien d’une famille vietnamienne qui débarque dans un petit port de la côte finlandaise et doit s’adapter à une toute nouvelle vie. Même si ce n’est pas explicitement autobiographique, et d’ailleurs sans doute romancé en partie, il est évident que Quynh Tran raconte sa propre vie, avec sa mère Mà et son grand frère Hieu. Ces deux personnages sont d’ailleurs prédominants dans les fragments, le narrateur qui n’est jamais nommé est le plus souvent en retrait. Très observateur, il note tout ce qui se passe autour de lui et semble avoir un don pour lire la psychologie de ceux qui l’entourent, ce qui colle avec la carrière professionnelle de l’écrivain.

Ombre et Fraîcheur multiplie les petits sujets, sans nécessairement les lier. C’est le quotidien de cette famille d’immigrés, les liens maintenus avec les autres Vietnamiens dans la ville et les régions voisines, la scolarité et les conquêtes amoureuses du grand frère, la débrouille de mère qui multiplie les petits métiers et bien d’autres choses encore. À travers ces morceaux, Quynh Tran évoque de nombreux sujets, dont le racisme qu’ils ont affronté. C’est touchant d’avoir ce regard d’un enfant, qui ne comprend pas les moqueries sur l’accent ou qui ne saisit pas les implications de certaines remarques. C’est néanmoins toujours très subtil, une caractéristique qui traverse les quasi 300 pages, au point de déstabiliser. Le lecteur ne comprend pas toujours tout et je crois qu’il faut accepter de se laisser porter par une narration qui n’a pas toujours de logique évidente. Il y a notamment un arc narratif qui englobe tout le roman, une étrange aventure à laquelle le narrateur n’a pas participé : un jour, Hieu, Mà et deux amies partent récolter des baies, probablement des myrtilles, et les vendre sur le marché. Ils passent plusieurs jours dans la forêt, dormant dans la voiture et vivant des expériences étonnantes au passage. Ce parcours initiatique est clairement distinct du reste, jusqu’à la mise en page, comme une nouvelle délivrée en parallèle du reste. Je m’attendais à une explication à un moment donné, un lien avec le reste, mais il n’y a rien eu finalement. Quynh Tran se contente de fournir ces morceaux séparés, sans chercher à les lier et encore moins à les expliquer.

C’est troublant et peut-être un petit peu frustrant aussi, je dois bien l’admettre. Cela dit, j’ai lu Ombre et Fraîcheur avec un vrai plaisir et sans regret. Malgré son âge, l’auteur fait preuve d’une grande maturité et sa manière de raconter ses souvenirs est toujours juste et touchante. Ce premier roman a déjà quelques années, même si la traduction française est toute récente et je serai curieux de découvrir ce qu’il nous proposera ensuite.

Informations

  • Auteur :
  • Quynh Tran

Éditeur : Le Castor Astral

Année : 2025

Nationalité : Suède

Pages : 296