
Le Héros des siècles, Brandon Sanderson
Suite et fin de la trilogie Fils-des-Brumes, enfin… de la première trilogie en tout cas, car on peut toujours compter sur Brandon Sanderson pour écrire plus et le romancier a créé une première suite et prépare encore une autre sur la même planète. Quoi qu’il en soit, Le Héros des siècles conclut les histoires de Vin et Elend, avec un troisième volet épique comme on pouvait s’y attendre. Le premier roman racontait un braquage et le renversement du régime du Seigneur-Maître après un millénaire. Le deuxième tome étudiait les conséquences politiques de ce coup en stoppant presque toute action au passage, un choix que je trouvais audacieux et intéressant. La fin s’activait toutefois avec l’accès au Puits de l’ascension, un lieu mythique qui devait sauver le monde entier et qui s’avérait en réalité un piège pour libérer une puissance malveillante de sa prison. À partir de là, cette conclusion de la trilogie initiale prend la forme d’une immense guerre entre nos héros et cette puissance, Ravage, dont le seul objectif est de tout détruire.
C’est plus conventionnel sur le papier, certes, mais après avoir lu quelques livres de Brandon Sanderson, je savais bien qu’il allait y avoir davantage d’idées derrière le concept. De fait, Le Héros des siècles est riche en événements de toute sorte et on ne s’ennuie jamais sur plus de mille pages. Elend est devenu un Fils-des-Brumes à la fin du deuxième tome, il a repris le pouvoir qu’il tentait d’instaurer démocratiquement auparavant et impose son pouvoir autoritaire dans l’espoir de sauver tout le monde. J’aurais aimé un petit peu plus de réflexion politique à ce sujet, même s’il faut admettre que le roman a déjà de quoi faire avec tout le reste. Le climat est de plus en plus perturbé, la cendre tombe si vite qu’elle s’accumule en une couche de plus en plus épaisse et bloque alors toute vie. J’ai beaucoup apprécié les descriptions de paysages désertiques et ce sentiment d’urgence, parfaitement rendu par l’auteur : on est clairement dans un scénario apocalyptique et le monde des humains se réduit de plus en plus, alors que les volcans crachent leur fumée et que les tremblements de terre détruisent tout. Si cela ne suffisait pas, Elend et Vin mènent leur armée pour combattre les dernières poches de résistance. On a un siège d’un côté et une nouvelle tentative de révolution de l’autre, tandis qu’en parallèle de tout cela, Sazed tente de se remettre de la mort de son amie et de retrouver la foi. Brandon Sanderson foisonne d’idées, sans jamais perdre son lecteur et surtout sans quitter son objectif des yeux : c’est assez bluffant. Je me demande s’il n’écrit pas à partir de la fin, tant le final est ici spectaculaire et bien trouvé. En tout cas, le roman est indéniablement bien mené et on ne s’ennuie jamais, tout en découvrant très progressivement et en même temps que les personnages comment ce monde bizarre fonctionne. C’est toujours une bonne idée pour impliquer davantage le lecteur et cela fonctionne remarquablement ici aussi.
Je m’étais fait la réflexion dans L’Empire Ultime déjà, cela m’a semblé encore plus flagrant ici. Dans cette trilogie, Brandon Sanderson a manifestement oublié que la moitié de l’humanité est féminine et il n’y a guère plus que Vin pour casser le machisme ambiant. L’introduction bienvenue dans le tome précédent d’un autre personnage féminin fort avec Tindwyl ne semblait être qu’une parenthèse et elle n’est jamais remplacée ici. Pire, le romancier masculinise explicitement tous ses personnages, même les créatures comme les kandras qui auraient pu être neutres, mais même pas. Je sais qu’il a fait mieux par la suite, j’espère en tout cas que les futures adaptations en long-métrage corrigeront ce défaut vraiment flagrant ici.