
Thunderbolts*, Jake Schreier
J’ai suivi l’immense univers cinématographique Marvel pendant des années, et puis comme tout le monde sans doute, je me suis lassé et j’ai cessé de trop prêter attention à l’ensemble. J’avais tort pour Thunderbolts*, sorti au milieu de l’année dernière et qui ressemble à une énième formation de superhéros, comme si on était pris au piège d’histoires qui tournaient en boucle à l’infini. J’ai pourtant fini par donner ma chance au projet en découvrant non seulement que Florence Pugh et l’inévitable Julia-Louis Dreyfus étaient au casting, mais qu’en plus Son Lux avait signé la bande-originale. Après celle d’Everything Everywhere All At Once, c’est le coup de pouce qui me manquait pour me convaincre de lancer le long-métrage de Jake Schreier et… c’était une très bonne idée. Sans aller jusqu’à dire que c’est un chef-d’œuvre, j’ai trouvé ce Marvel bien supérieur à la majorité du MCU dernièrement et même au-dessus de la mêlée par rapport au blockbuster de superhéros typique. En s’arrêtant au synopsis, on aura pourtant bel et bien l’impression de revoir la dernière variante du même film et fondamentalement, c’est vrai que Thunderbolts* suit une trajectoire conventionnelle. Néanmoins, tout est dans les détails et la manière de traiter l’histoire et à cet égard, le 35e volet du MCU ose quelques idées originales.
« Pas de pouvoirs. Pas de héros. Pas de concessions. », clame l’affiche, trois affirmations assez intrigantes juste à côté du logo de Marvel. Les héros qui s’assemblent sous le nom de Thunderbolt sont ainsi des anti-héros, tous des ratés qui sont envoyés sur une mission où ils doivent en réalité s’entretuer. Quand ils découvrent la vérité, ils décident de travailler ensemble, en dépit de leur nature, et contre toute attente, ils réussissent à s’en sortir. Par bien des aspects, cela pourrait être le Suicide Squad de Marvel, mais j’ai trouvé que l’analogie ne tenait pas longtemps. Il faut dire que le scénario offre ici aux personnages tout l’espace nécessaire pour ne pas en rester à de vagues caricatures sans intérêt et pour au contraire gagner une vraie psychologique. C’est vrai pour Yelena, incarnée par une Florence Pugh aussi excellente que d’habitude, c’est aussi vrai pour presque tous ceux qui l’entourent, ce que j’ai trouvé plaisant. John Walker, découvert dans Falcon et le Soldat de l’Hiver, est bien plus riche que ce que la première présentation laisse voir, tout comme le Gardien rouge, qui pourrait n’être qu’un bouffon russe et qui révèle une épaisseur de caractère que je n’imaginais pas. Le personnage le plus intéressant est certainement celui de Bob, avec une exploration psychiatrique d’un niveau bien supérieur à celui que j’attendais. Lewis Pullman, que j’avais découvert dans Lessons in Chemistry, est parfait dans ce rôle subtil et j’ai beaucoup aimé la simplicité et en même temps l’efficacité de la représentation de sa noirceur sur New-York.
Certes, Thunderbolts* est un Marvel, avec ses séquences de combat et quelques passages obligés que l’on aurait peut-être pu éviter. Comme toujours, il y a aussi de l’humour, mais là encore, Jake Schreier ne s’est pas contenté de reproduire le niveau habituel et s’autorise de la subtilité. La place de Julia Louis-Dreyfus est dès lors toute trouvée et l’actrice compose une méchante en suivant une partition plus riche et subtile que la moyenne. Tous les personnages sont traités sérieusement, sans jamais les laisser se prendre trop au sérieux, un bon équilibre.
Quant à la musique de Son Lux… je vais devoir écouter l’album séparément pour vraiment l’apprécier. C’était la même situation sur leur précédent travail pour Hollywood, je trouve que la subtilité de leurs compositions se perd une fois associée aux images, trop à mon goût. Malgré tout, le fan du groupe que je suis apprécie que le cinéma finance leurs autres efforts et j’ai vraiment hâte de découvrir leur prochain « vrai » album, près de six ans après le triptyque Tomorrows.