
La Pampa, Antoine Chevrollier
La Pampa, c’est le vrai nom d’une véritable piste de moto-cross à Longué-Jumelles, petite commune rurale non loin d’Angers. Cette anecdote souligne le choix d’Antoine Chevrollier pour son premier long-métrage, qu’il a choisi d’ancrer dans l’environnement de son enfance. Le réalisme est au cœur de son travail, ce qui ne se retrouve pas seulement dans la décision d’utiliser de vrais lieux au lieu d’inventer des endroits fictifs. C’est un choix transversal, que l’on note aussi dans le jeu des acteurs. Je suis toujours un petit peu inquiet en commençant une fiction française, tant le jeu de nos acteurs peut sonner faux. Rien de tel ici, au contraire : on est plongé dans le « Longué » d’une bande de jeunes lycéens dès les premières secondes. Cette toute première scène où ils s’amusent avec leur moto-cross bien trop bruyantes et que l’un d’entre eux traverse une départementale passante à toute allure sans regarder est une vraie leçon dans le genre. Le spectateur est pris au corps et le cinéaste peut alors déployer son intrigue, qui reste prenante jusqu’à la toute fin et qui mérite d’être découverte au fil de l’eau. À l’exception de la thématique LGBTQIA+ qui avait attiré mon attention, je ne savais rien de La Pampa et le coup de poing a été d’autant plus intense grâce à mon ignorance.
Willy, 17 ans, est le narrateur et Sayyid El Alami est excellent pour l’interpréter, mais l’histoire se déploie autour de Jojo, son meilleur ami et champion local de moto-cross. En tout cas, c’est ainsi que le voit son père, qui le pousse à enchaîner les tours pour réaliser son rêve et en faire une célébrité au-delà de Longué-Jumelles. Amaury Foucher trouve instinctivement le ton juste pour incarner cet adolescent qui fait tout pour satisfaire son père et qui encaisse ses déceptions en serrant les dents. C’est son premier rôle et je crois qu’il pourrait avoir une belle carrière, tant il en impose malgré sa frêle carrure. La Pampa semble presque dérailler quand on découvre que cet archétype de la masculinité toxique est en réalité gay et en couple secret avec son coach, interprété par un Artus méconnaissable et franchement bluffant. Si cette découverte ne change rien avec Willy, qui lui reproche juste de ne pas lui avoir fait suffisamment confiance pour lui faire son coming-out, l’information est révélée par une vidéo qui mène tout droit au drame. Je ne m’attendais à ce que l’homophobie occupe une place aussi importante du film et j’ai trouvé que c’était fait avec beaucoup de goût. Au lieu d’appuyer lourdement un message, Antoine Chevrollier travaille uniquement sur les non-dits, ce qui est bien trouvé. La manière dont le père masque son homophobie dégueulasse après le drame puis tente de remplacer son fils (au passage, Damien Bonnard est exceptionnel dans ce rôle), le manque de courage du coach qui trahit son amant et le déchaînement de violences contre ce jeune gay qui semble inexorablement mener à une seule conclusion… c’est brillant et glaçant d’affronter ainsi ce qui reste une réalité en France, en 2026.