Cette musique ne joue pour personne, Samuel Benchetrit

Cette musique ne joue pour personne, Samuel Benchetrit

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C’est bien une bande de gangsters, mais dans une ville côtière que l’on imagine quelque part au nord de la France ou en Belgique, à Dunkerque par exemple, où le tournage s’est déroulé en partie. Ce décalage entre l’attente provoquée par l’affiche et la réalité est le moteur de Cette musique ne joue pour personne, une comédie noire teintée d’absurde où Samuel Benchetrit filme ses (vieux) acteurs qui interprètent des personnages issus d’un monde de violence alors qu’il découvre une touche de douceur. Pour l’un, c’est la poésie inspirée par une jeune caissière croisée au supermarché. Pour l’autre, le théâtre attiré par une actrice qui rêve de comédie musicale sur Simone de Beauvoir. C’est intrigant et il faut reconnaître au cinéaste son sens de l’absurde, avec des traitements toujours en décalage un petit peu dans l’esprit d’un Quentin Dupieux. Le casting est impeccable, la ribambelle de stars sans aucune fausse note, avec une mention spéciale à Vanessa Paradis, hilarante dans son interprétation appuyée de Simone de Beauvoir.

Mais alors même que cette pièce où la parole de la philosophe est célébrée est transversale dans le film, Cette musique ne joue pour personne reste embourbé dans de vieux préjugés sur l’amour et les couples. Avec son point de vue strictement hétérosexuel et même à l’orée de l’homophobie quand le metteur en scène recommande à son acteur d’exploiter sa part de féminité pour incarner l’homosexualité de Sartre, il tente vaguement de se moquer de ses personnages anciens, mais choisit malgré tout de créer un couple entre la jeune caissière incarnée par Constance Rousseau et le personnage incarné par Ramzy Bédia. Les deux acteurs ont dix-sept ans d’écart et on a bien du mal à comprendre pourquoi une actrice plus âgée ne pouvait pas interpréter ce rôle ! Dans un cinéma français marqué par tant de polémiques sur le traitement des jeunes actrices, voilà qui fait tâche et qui est complètement inutile qui plus est. Samuel Benchetrit aurait pu offrir à ses personnages d’autres intrigues plus originales, au lieu de répéter ces clichés dépassés.