
Matthias & Maxime, Xavier Dolan
Je ne sais pas comment au juste, j’étais passé à côté du dernier film de Xavier Dolan. Matthias & Maxime est sorti en 2019, quelques années avant que le réalisateur canadien annonce son intention de prendre sa retraite, à seulement 34 ans. S’il a, fort heureusement, changé d’avis depuis, j’en étais resté à l’idée que son dernier était Ma Vie avec John F. Donovan et j’avais zappé celui sorti dès l’année suivante. Qu’importe, c’est un Dolan de plus que j’ai ainsi le plaisir de découvrir et sans surprise, c’est encore une fois une réussite. Sur le papier, on pourrait se dire qu’il radote, avec une histoire de jeunes gays et Anne Dorval pour incarner sa mère fictive. Matthias & Maxime est toutefois plus intéressant que cela, notamment par sa manière d’aborder le coming-out pour deux personnages qui s’identifient comme hétérosexuels. Ils se connaissent depuis la jeunesse, ont passé leur vie ensemble et se considèrent comme de meilleurs amis, jusqu’au jour où ils s’embrassent pour les besoins d’un film amateur d’une connaissance. Cet acte supposé innocent bouleverse les deux hommes, qui réalisent brusquement qu’il pourrait y avoir plus entre eux qu’une simple amitié.
J’ai beaucoup apprécié le rythme du long-métrage et surtout sa manière de ne pas forcer ses personnages à affronter ce qu’ils traversent. Xavier Dolan préfère se concentrer sur les non-dits, multipliant les images et symboles, filmant ses personnages — et lui-même — au plus proche et en même temps comme un observateur assez éloigné. Le lendemain du baiser, Matthias est si perturbé qu’il part nager et se noie quasiment en allant beaucoup trop loin. Tout son parcours va être constitué de fuites, alors qu’il essaie à tout prix de s’éloigner de celui qui l’attire de manière si évidente. Face à lui, Maxime est en attente, on sent qu’il aimerait aller plus loin et il paraît plus apaisé, mais c’est aussi parce qu’il a une échéance proche. Dans quelques semaines, il quitte le Canada pour travailler deux ans en Australie, littéralement à l’autre bout du monde. Matthias fait tout ce qu’il peut pour le retenir, sans lui demander de rester, ce qui suffirait probablement. Les deux sont constamment en décalage, ce que le film met bien en valeur, avec un contraste fort sur la scène de l’atelier où ils cèdent enfin à leurs pulsions. Ce n’est pas l’idée la plus originale qui soit, certes, mais cela reste d’une efficacité redoutable et le réalisateur la met parfaitement en œuvre.
Le style Xavier Dolan est indéniablement présent et les détracteurs pourront détester comme toujours. Pour ma part, j’y suis sensible depuis ma découverte émerveillée de J’ai tué ma mère et je ne m’en lasse pas. D’autant que ce n’est pas qu’une simple répétition à l’infini des mêmes plans, il fait varier ses idées à chaque fois et les séquences de fêtes en accéléré sont ici très réussies. En tout cas, j’ai été ravi de découvrir une autre de ses œuvres et j’ai hâte de voir ce qu’il nous proposera après sa pause de quelques années. Je ne suis pas inquiet.