
Heartstopper Forever, Wash Westmoreland
Après trois excellentes saisons, l’avenir de la série Heartstopper semblait soudainement compromis. N’écoutant que les chiffres d’audience, Netflix considérait une annulation et avec un casting qui s’éloignait rapidement de l’âge des personnages, on pouvait de plus en plus craindre ce scénario. Fort heureusement, Alice Oseman, probablement bien aidée par les fans, a réussi à convaincre l’entreprise américaine d’offrir une fin satisfaisante à l’histoire de Nick et Charlie. Pas une quatrième saison, hélas, mais un long-métrage de quasiment deux heures, une demi-saison en quelque sorte. Bonne nouvelle, Heartstopper Forever ne perd pas la magie, maintenue depuis le début, et c’est une fin toute mignonne et fort sympathique pour tous ces personnages que l’on a appris à connaître depuis 2022. Même si on voit les coupes franches, notamment à travers arcs secondaires sacrifiés par le scénario, l’essentiel est là. Les deux héros ont droit à une belle conclusion à leur histoire d’amour et l’ensemble forme une très belle comédie romantique, pleine d’espoir, sans ignorer les difficultés.
Kit Connor avait 21 ans lors du tournage, Joe Locke en affichait 20, alors que leurs personnages ont censé en avoir respectivement 18 et 17. Depuis la première saison, il y a toujours eu un décalage, mais il n’a jamais été si fort, surtout pour l’acteur qui joue Nick. La même année, il a tourné Warfare, un film de guerre qui a demandé un entraînement physique intense et… ça se voit. L’acteur a sacrément pris en muscle, ce qui le vieillit bien plus, à tel point qu’il pourrait sembler avoir trois ou quatre ans de plus que la réalité. Autant dire qu’il faut admettre le décalage et considérer que ces jeunes adultes restent des adolescents. Même si leur physique a changé, leur jeu est préservé et c’est l’essentiel. En particulier, l’alchimie parfaite des deux acteurs est toujours présente, ce qui est essentiel, tant c’est sans doute le plus gros point fort de toute la série et maintenant de ce film. Hearstopper Forever ne s’embarrasse pas à présenter ses personnages et s’adresse directement à ceux qui ont vu les saisons précédentes, en reprenant dans la foulée. On retrouve tous ces lycéens découverts avec la saison 1, il y a des clins d’œil au voyage parisien de la saison 2 et le parcours psychiatrique de Charlie dans la saison 3 est régulièrement évoqué et même un moteur de plusieurs péripéties. Cela aurait vraiment pu être une quatrième saison et il faut considérer le long-métrage comme un prolongement naturel, avec la même réalisation qui fait une délicate place au style visuel d’Alice Oseman.
À cet égard, Wash Westmoreland ne signe pas un chef d’œuvre sur le plan technique, cela n’a jamais été son ambition et c’est tant mieux. Heartstopper Forever n’avait certainement pas besoin d’une nouvelle direction artistique et j’ai trouvé ce final très bien mené. Certes, l’arc de la séparation est un petit peu facile, mais il est bien dosé et ne traine pas trop en longueur, tout en renforçant in fine l’engagement des deux garçons. L’équilibre entre insouciance et sérieux est parfaitement maintenu, tant au sein de leur relation qu’autour d’eux. La séquence de Pride est essentielle pour cette raison, en faisant une belle place à Elle et à la transphobie. C’est d’autant plus important dans ce contexte britannique, alors que l’une des plus célèbres romancières1 du pays fait tant de mal à cette communauté. Le scénario inclut le thème avec justesse et bien qu’une saison complète aurait permis de lui accorder encore davantage de place, j’ai apprécié le temps consacré au sujet.
On est forcément triste de quitter ces personnages tant appréciés, ce sentiment était inévitable. Néanmoins, ils ont droit à une vraie et belle fin, ce qui est agréable, malgré la durée un peu faible à mon goût de ce final. Je me mets à espérer qu’Alice Oseman trouve une manière d’offrir à ses personnages une nouvelle suite, peut-être dans quelques années, pour envisager l’histoire de Nick et Charlie dix ans après ? Les acteurs étant en avance, on n’aurait même pas à attendre si longtemps ! D’ici là, Heartstopper Forever est la délicieuse pastille finale que j’espérais.
Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. ↩︎