Black Widow, Cate Shortland

Black Widow, Cate Shortland

Publié le

Black Widow n’est pas seulement le vingt-quatrième long-métrage à intégrer l’Univers cinématographique Marvel, c’est aussi le premier de sa quatrième phase. Mais à dire vrai, cette logique perd un petit peu de son sens quand les projets se multiplient au cinéma et en série. À tel point que ce volet ne prend pas place dans la chronologie logique de la saga, il se déroule quelques films auparavant, après les événements présentés dans Captain America : Civil War et alors que les Avengers se déchirent. Une bonne manière de créer une histoire à part, liée de façon distante au reste. Cate Shortland tente aussi de proposer une expérience un petit peu différente, moins masculine et plus axée sur la famille, même si la machine Marvel impose ses codes avec fracas. Black Widow reste un bon divertissement, avec quelques touches d’humour qui viennent alléger le tout, sans pour autant sortir autant du lot qu’on pouvait l’espérer.

Le personnage de la Veuve noire est apparu dès Iron Man 2, mais il est resté jusque-là cantonné à des rôles secondaires. C’est la première fois que Marvel lui offre le rôle principal avec un long-métrage qui lui est entièrement consacré, à défaut de lui offrir une vraie saga. Ce n’est pas divulgâcher que de rappeler que Natasha Romanoff se sacrifie dans l’ultime affrontement avec Thanos : on l’a appris dans Avengers: Endgame sorti deux années avant celui-ci. Cela ressemble plus à un cadeau d’adieu à Scarlet Johansson qui interprétait ce personnage depuis plus de dix ans et qui avait peut-être bien envie de passer à autre chose. Quoi qu’il en soit, l’intrigue déployée ici sur plus de deux heures se concentre sur l’histoire personnelle de Natasha et en particulier sur sa fausse famille américaine. Comme on l’a appris par bribes par le passé, elle fait partie d’un programme d’espions soviétiques et elle a passé trois ans gamine avec deux faux parents et une fausse sœur, à se faire passer pour une famille américaine normale. Cette histoire sert d’ouverture avant de revenir au présent de Black Widow, vingt ans après et alors qu’elle a réussi à passer du côté des gentils en entrant dans les Avengers. Elle a toutefois choisi le camp de Captain America et elle est à ce titre poursuivie par le SHIELD. C’est en fuite qu’elle découvre que sa fausse sœur est toujours vivante et elle la rejoint à Budapest pour s’en prendre à la Chambre rouge, l’organisation qui les a maltraite depuis qu’elles sont toutes petites. Pour y parvenir, elles doivent retrouver leurs deux faux parents et l’aventure se transforme en une sorte d’épopée familiale, un genre que l’on n’attendait pas forcément dans un Marvel. C’est le principal attrait du travail réalisé par Cate Shortland d’ailleurs : on sort un petit peu de la routine avec une histoire différente… du moins à la marge.

En effet, Marvel reste Marvel et il est difficile de faire réellement différent. C’est l’avantage de Disney+ et des séries produites pour ce service de streaming : elles peuvent sortir du cadre habituel et oser des idées hors normes, comme l’a prouvée WandaVision notamment. Même si la pandémie a contrarié les plans initiaux, Black Widow devait sortir dans les salles de cinéma du monde entier et rapporter des dizaines de millions de dollars. Dans ces conditions, il n’est pas question de trop s’éloigner des standards de la saga et même si on sent les efforts côté scénario et mise en scène, le film ressemble in fine à n’importe quel autre épisode. La ligne principale manque d’originalité et le conflit manichéen avec les Russes a décidément mal vieilli. Les combats s’enchaînent sans grande saveur, avec un savoir-faire indéniable et quelques bonnes idées, la scène de la prison près de la montagne sort un peu du lot, mais chaque personnage a droit à son grand moment, c’est banal. Et même si l’humour apporte un peu d’oxygène et permet de ne pas rester sur plus de deux heures d’un combat sans fin entre États-Unis et URSS, c’est un humour bien poli comme Marvel l’impose presque à chaque fois. Cela étant dit, on apprécie la majorité de rôles féminins, avec des personnages masculins secondaires pour une fois, et toujours un peu ridicules. Sur ce point, il faut saluer l’implication de David Harbour, impeccable dans son costume rouge d’un autre temps et trop petit pour lui. Scarlett Johansson est égale à elle-même, on connaît bien son rôle d’Avengers, mais c’est surtout Florence Pugh dans le rôle de sa sœur que l’on retiendra. Elle apporte beaucoup de fraîcheur au film et le tire hors de la routine, en se moquant notamment des poses de sa sœur. Dommage malgré tout d’avoir fait parler l’actrice avec un accent russe qui sonne faux — et à ce propos, pourquoi est-ce que les méchants russes parlent tous anglais avec un accent ? —, mais sa présence apporte indéniablement un bonus au projet.

À l’heure des bilans, Cate Shortland a sans doute manqué de marge de manœuvre pour éloigner plus nettement Black Widow du reste de la saga. C’est dommage de ne pas lui avoir laissé plus de latitude, le film étant de toute manière bien séparé du reste, c’était l’occasion rêvée d’offrir quelque chose de plus radicalement différent en même temps. Une occasion ratée de la part de Marvel, même si l’ensemble n’est pas déplaisant pour autant.

Informations

Année : 2021

  • Nationalité :
  • États-Unis
  • Genres :
  • Action
  • Aventure
  • Science-Fiction

Durée : 2h13