
Kiss The Beast, Sébastien Tellier
Je crois que c’est un thème récurrent. À chaque nouvel album de Sébastien Tellier, ma première réaction est contrastée, pour ne pas dire plus. Tout me semble un peu trop kitsch, les paroles absurdes me font lever les yeux au ciel et les délires ridicules de l’artiste me donnent envie d’arrêter la lecture avant la fin. Pourtant, je reste jusqu’au bout et j’y retourne sans arrêt, jusqu’à avoir ses chansons qui tournent en boucle dans la tête pendant des jours. Son dernier, Kiss The Beast, ne fait pas exception et même les bêlements de « Mouton » ne me semblent plus aussi dingues alors que, franchement. Il faut écouter ce titre : entre le délire idiot et le génie, il ne semble bien y avoir qu’un pas.
Sur ce huitième album, le Français a indiqué avoir voulu exprimer toute sa créativité sans se limiter à un concept, ce qui était en effet fréquent sur les précédents. Le ton est donné et de fait, Kiss the Beast part vraiment dans tous les sens, avec douze titres qui n’ont rien à voir et qui s’enchaînent pourtant pour former un ensemble étonnamment… cohérent ? Ce n’est peut-être pas le bon mot, mais l’album est moins décousu qu’on pourrait le croire en écoutant chaque titre séparément. C’est peut-être ça la force de Sébastien Tellier au fond, il peut prendre n’importe quelle idée, même la plus folle, et il arrive à en faire quelque chose qui tient la route. En tout cas, même si je ne parviens pas à bien comprendre pourquoi, sa musique bordélique et limite agaçante par endroits à la première écoute finit toujours par devenir entêtante au point où je n’ai plus envie d’écouter autre chose pendant quelques jours.
C’est peut-être une forme bizarre du syndrome de Stockholm qui parle, mais je trouve ce Kiss the Beast très plaisant et peut-être même réussi. J’arrive assez bien à faire abstraction des paroles et l’alternance systématique des balades avec des chansons taillées pour les boîtes de nuit est étonnamment efficace, si bien que les 44 minutes passent en un clin d’œil.
Bêêêêh