11 5 18 2 5 18, Yann Tiersen

11 5 18 2 5 18, Yann Tiersen

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L’époque d’Amélie Poulain semble si lointaine quand on découvre les derniers albums de Yann Tiersen. Le breton s’est fait connaître mondialement pour la bande-originale, qui reprenait en grande partie des titres composés dans la décennie précédente. Depuis le succès magistral de la musique qu’il a assemblée pour Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, le son Tiersen semblait pour jamais ancré à ce style typé, qui repose notamment sur un grand usage de l’accordéon. S’il a poursuivi cette direction pendant quelques années, l’artiste semble désormais résolument vouloir suivre des voies plus radicales et son dernier album le prouve encore.

11 5 18 2 5 18 : dès son titre1, cet album semble chercher à prouver que l’accordéon est loin derrière lui. Il suffit d’une écoute pour se convaincre que c’est bel et bien le cas, mais pour avoir suivi de près sa carrière, je n’ai pas été surpris par son orientation très électronique. Yann Tiersen suit cette voie depuis plusieurs années maintenant et Kerber, son précédent opus sorti l’an dernier seulement, était déjà bien engagé vers ce genre. Ces neuf nouveaux morceaux, tous titrés par une série de numéros, ne laissent plus aucune place au doute quant au genre de prédilection du musicien d’Ouessant. Dès l’ouverture éponyme qui s’étale sur plus de 11 minutes, on n’entend plus aucun instrument traditionnel et les boucles d’électroniques s’enchaînent à un rythme effréné et avec un effet presque étouffant, mais sans perdre pour autant le sens de la mélodie qui a fait connaître son compositeur. Et si elles sont assez étouffées par les premiers morceaux très sombres, les mélodies entêtantes qui ont fait le succès du musicien reviennent sur la fin et offrent une structure à cet album qui se dévoile progressivement.

Après quelques passages de 11 5 18 2 5 18 dans mes oreilles, je dois dire que je suis impressionné. Yann Tiersen évolue dans la musique électronique presque expérimentale sur des titres et quasiment digne d’un dance floor sur d’autres avec une aisance assez bluffante, comme s’il en avait fait toute sa vie. Certes, ce n’est pas la première fois qu’il s’aventure sur ce terrain, mais il ne l’avait jamais fait aussi frontalement et sans détour. Le résultat est excellent et mérite le détour, même si vous n’êtes pas le plus grand fan des musiques électroniques. Laissez-vous porter, vous retrouverez la patte de l’artiste notamment sur la fin, avec un piano plus apaisé qui rappelle ses débuts, sans y revenir complètement. Plus j’écoute 11 5 18 2 5 18, plus je l’apprécie, et plus j’ai hâte d’entendre les futurs albums de Yann Tiersen.


  1. Qui n’est pas une série de nombres au hasard, comme les plus observateurs l’auront peut-être noté (donc pas moi, merci @glefand pour l’info). Chaque nombre correspond à la position d’une lettre de l’alphabet, si bien que le titre peut être converti en « Kebler », le nom de l’album précédent de Yann Tiersen. ↩︎

Informations

Artiste : Yann Tiersen

Année : 2022

Nationalité : France

Genre : Électronique